La restauration du Château de Belcastel

La découverte de Belcastel

En 1973, le célèbre architecte Fernand Pouillon (1912 – 1986) découvrit Belcastel et tomba amoureux de la ruine depuis si longtemps désertée. Tout au long de sa brillante carrière, Fernand Pouillon avait poursuivi sa quête d’un bien historique hors du commun dont il ferait la demeure de ses rêves. Lorsqu’il fut face à Belcastel, il sut instantanément que c’était là ce qu’il recherchait. Fernand Pouillon se porta acquéreur du château en 1974 pour 150 000 francs (nouveaux), soit aujourd’hui un peu plus de 20 000 euros. La rumeur courut dans le village qu’il avait réglé la totalité de la somme en lingots d’or…
La restauration nécessita huit années de labeur, de 1974 à 1982. L’inauguration officielle eut lieu le 6 juillet 1984.

Les matériaux

Fernand Pouillon trouva les pierres nécessaires à la reconstruction, le schiste en particulier, dans une carrière qu’il fit ouvrir dans la colline, à proximité immédiate du château. Pour la maçonnerie décorative, il utilisa le calcaire et le grès rouge de Marcillac. Il choisit le bois de châtaignier pour les planchers.
Bien que décidé à n’utiliser que des éléments originaux, il prit le parti d’intégrer des matériaux modernes, répondant ainsi à des exigences de style et de commodité. Ainsi, les 450 marches que compte le château, dont le grand escalier central, furent recréées en béton. Fernand Pouillon ajouta par ailleurs de larges vitres destinées à préserver des intempéries les salles et certaines des ruines d’origine.

Les ruines du château avant rénovation.

La restauration

Après l’acquisition des ruines, Fernand Pouillon s’attela à la rude tâche de rendre au château de Belcastel sa gloire d’antan. Il s’assura le concours d’une dizaine d’ouvriers algériens avec lesquels il avait autrefois travaillé en Algérie. Il paya sur ses propres deniers salaires et travaux.

Afin de se faire une idée précise du château avant son déclin, Fernand Pouillon étudia avec le plus grand soin ce qui subsistait de la structure, et la compara avec les différents châteaux de la même époque. Il comprit qu’il lui fallait décider de la forme architecturale qu’il entendait donner à l’édifice : celle de la première forteresse du XIe siècle ou celle de l’élégant château du XVe siècle. Il pouvait aussi opter pour une « réinvention », mêlant éléments anciens et ultramodernes, comme le voulait la mode des années 1970.
Mais Fernand Pouillon changea radicalement d’idée lorsqu’il mena des recherches plus poussées sur l’histoire de la bâtisse. À la bibliothèque de Rodez, en effet, il découvrit un ouvrage présentant des gravures de l’intérieur du château avant qu’il ne tombe en ruine, et qui lui fournirent de précieuses indications quant à la disposition exacte de nombreuses pièces. Fasciné par l’architecture médiévale, il résolut d’intégrer aux matériaux modernes des détails inspirés des XIe et XVe siècles.

Un défi architectural et humain

Lorsque Fernand Pouillon entreprit la restauration, le château n’était que décombres. De grands chênes émergeaient du donjon ou poussaient dans les ruines de certaines salles. Les larges baies d’autrefois n’étaient plus que de vastes trous béants dans des murs qui s’écroulaient.
Selon Vera, son épouse, le plus grand défi de Fernand Pouillon fut de maintenir debout les murs encore subsistants. Il y parvint en conservant le lierre qui les avait envahis, mais dont le feuillage assurait le maintien.

Fernand Pouillon et son équipe de maçons et de maîtres verriers décidèrent de n’utiliser pour la restauration que des techniques anciennes de construction médiévale. Dédaignant grues et équipements modernes, bravant l’à-pic de 40 mètres de la face nord, l’architecte et ses courageux ouvriers mirent en place à la main les énormes poutres, voûtes et cheminées, reconstruisant le château pierre après pierre, fenêtre après fenêtre.

La cour intérieure pendant la rénovation.

Un chef-d’œuvre retrouvé

Fernand Pouillon rendit à de nombreuses parties du château leur aspect original : les douves, le pont-levis, l’entrée intérieure furent ainsi recréés avec le plus grand soin et revirent le jour.
Il fallut un peu plus de huit ans à Fernand Pouillon et à son équipe pour ressusciter un tas de pierres en un majestueux château, à la double vocation de demeure à vivre et témoignage du passé.

Le Château de Belcastel après rénovation.